La transition énergétique : un sujet présent à l’esprit mais encore abstrait dans ses implications concrètes
L’imaginaire des Français concernant la transition énergétique se structure autour de deux émotions en apparence contradictoire : d’abord l’inquiétude (24%) et l’espoir (21 %). Ces deux sentiments mêlés traduisent surtout un sentiment d’incertitude important sur ce que recouvre cet enjeu qui génèrent autant d’incompréhensions que d’attentes élevées.
D’abord, l’étude révèle que les Français semblent familiers de ce que signifie la transition énergétique, 86 % d’entre eux d’ailleurs disent savoir de quoi il s’agit. Ils semblent aussi reconnaitre les notions qui l’entourent, la grande majorité des Français affirme « voir de quoi il s’agit » lorsqu’on évoque les notions les plus fréquentes :
Cependant, les termes plus techniques tels que la décarbonation suscitent davantage d’incertitudes. Mais surtout, les verbatims montrent que la compréhension repose davantage sur une intuition que sur une connaissance précise. Cette « connaissance approximative » explique en partie la difficulté à se projeter dans les implications concrètes de la transition énergétique.
Car le sujet reste insuffisamment explicité pour les Français interrogés car la transition énergétique peine à entrer dans le registre du concret : 79 % des Français jugent que le débat public sur la transition énergétique est flou et seuls 13 % le trouvent concret,
Ce premier diagnostic révèle une tension structurante : si la transition énergétique est perçue comme nécessaire et déterminante pour les années à venir, elle souffre d’un réel déficit de clarté dans le débat public. D’autant plus que, si la transition énergétique pouvait initialement être appréhendée comme un enjeu principalement porté par la gauche de l’échiquier politique, elle apparaît désormais, aux yeux des Français, comme un sujet pleinement transpartisan, transcendant largement les clivages partisans traditionnels.
La transition énergétique à l’échelle locale : des responsabilités encore mal comprises
À la question « qui pilote la transition énergétique locale ? », les réponses se dispersent entre :
Ce brouillard institutionnel rend plus complexe la capacité des citoyens à la fois à attribuer correctement les rôles, à mesurer les responsabilités locales et à évaluer les efforts engagés par leur municipalité.
Dans ce contexte, le rôle du maire est « supposé » comme un acteur perçu comme important, mais dont les actions sont peu visibles. Dès lors, si 54 % estiment qu’il joue un rôle important dans la transition énergétique locale cette reconnaissance se heurte à deux constats lourds :
Par conséquent, la confiance accordée aux maires pour assurer la transition énergétique dans leur commune est limitée : 45 % lui font confiance pour piloter la transition mais 31 % n’ont pas confiance, et là encore, près 1 Français sur 4 (24 %) ne savent pas se prononcer. Le maire est identifié comme un acteur clé mais son action est peu visible, peu explicitée, et sa ligne d’action demeure donc obscure pour une majorité de citoyens.
Des citoyens qui, malgré le flou entourant les actions actuellement menées, se déclarent prêts à s’impliquer. Ainsi, 41 % se disent disposés à participer à des groupes de réflexion à l’échelle de leur commune, et un Français sur quatre (25 %) serait même prêt à contribuer financièrement à des projets liés à la transition énergétique, un chiffre loin d’être négligeable au regard des tensions persistantes autour du pouvoir d’achat. Cela démontre, s’il en était besoin, la force de la dynamique locale sur ce sujet.
La transition énergétique et les élections municipales : un enjeu encore secondaire malgré des attentes concrètes
Alors même que l’enjeu climatique s’installe comme priorité nationale, il reste en retrait dans les leviers de vote municipal :
Rappelons que les sujets prioritaires qui compteront le plus dans leur vote restent très stables sur les 6 derniers mois et sont centrées sur : la sécurité, la préservation du cadre de vie et la fiscalité locale. Face à ces sujets, l’enjeu de l’énergie constitue un enjeu de « principe » qu’on pourrait lier aussi aux questions environnementales voire à la préservation du cadre de vie, mais il n’est pas encore, en tant que tel, un enjeu électoral structurant.
En dépit de ce manque d’incarnation locale, des attentes concrètes existent, et sont hétérogènes. Parmi les priorités que les citoyens recommanderaient à leur maire, arrivent en tête :
A travers ces attentes, ce sont surtout des actions visibles, concrètes et ancrées localement qui sont attendues comme un appel pour que les municipalités incarnent davantage leurs initiatives sur ce sujet. Néanmoins, les Français identifient aussi des freins aux actions locales sur ce sujet : manque de moyens, complexité réglementaires, difficulté des habitants à changer leurs pratiques et manque d’expertise des équipes municipales.
Pourtant, l’aspiration à voir cette transition énergétique se concrétiser davantage est bien réelle, au regard des effets positifs qu’elle procure. Une large majorité de Français y voient un moyen de lutter contre le changement climatique (74 %), de garantir un cadre de vie agréable (74 %), de réduire la pollution de l’air (74 %) et de favoriser la modernisation des infrastructures locales (74 %). Il apparaît ainsi que la transition énergétique n’est plus appréhendée sous le seul prisme de l’impératif environnemental, mais comme un levier essentiel pour bâtir les conditions du mieux‑vivre de demain.
La transition énergétique, bien que perçue comme un enjeu essentiel, reste pour beaucoup de Français un sujet encore abstrait et insuffisamment incarné au niveau local : le débat public manque de clarté, les responsabilités institutionnelles sont mal identifiées, et l’action municipale demeure peu visible. Si le maire est perçu comme un acteur important, sa position est largement méconnue, ce qui limite la confiance et la capacité des citoyens à évaluer l’avancement de leur commune. Pour devenir pleinement mobilisatrice, la transition énergétique devra donc être mieux expliquée, mieux rendue tangible et mieux incarnée dans les territoires. Par ailleurs, 7 Français sur 10 jugeraient utile la mise à disposition d’un site internet leur permettant de visualiser le potentiel énergétique de leur commune : une réponse concrète à leur volonté d’agir, dans un contexte où dominent encore le flou et le besoin d’informations tangibles.
Méthodologie
Enquête réalisée du 09 au 12 février 2026 auprès d'un échantillon de 1000 personnes représentatif de la population âgée de 18 ans et plus, en ligne. Méthode des quotas (sexe, âge, catégorie socio-professionnelle et région).