Baromètre 2026 : Les Français, l’information et les médias – entre fatigue, défiance et leviers de confiance
Depuis près de quarante ans, Verian réalise pour La Croix, en partenariat avec La Poste, un baromètre annuel qui analyse le rapport des Français à l’information et aux médias. Cette 39ᵉ édition, menée auprès d’un échantillon représentatif de 1 500 personnes âgées de 18 ans et plus, interrogées en ligne du 24 au 30 novembre 2025, s’est particulièrement intéressée aux leviers permettant de renforcer la confiance des Français à l’égard de leurs médias.
Un intérêt pour l’actualité en recul
Premier enseignement de cette édition : l’intérêt des Français pour l’actualité recule. 71 % déclarent suivre l’actualité avec intérêt, soit une baisse de 5 points par rapport à 2024. Plus marquant encore, la proportion de ceux qui s’y intéressent « avec un très grand intérêt » chute à 24 %, soit -9 points en un an. Cette tendance est particulièrement forte chez les moins de 35 ans.
Ce moindre engouement se traduit par une baisse de la consultation de la plupart des médias . Seuls les influenceurs et créateurs de contenus échappent à cette tendance : 42 % des Français les utilisent pour s’informer (+5 points en un an, +10 points en deux ans). Nouveauté cette année : l’essor des services d’intelligence artificielle comme source d’information. 41 % des Français déclarent y recourir pour s'informer sur l'actualité, dont 13 % quotidiennement. Chez les moins de 35 ans, un tiers les utilise régulièrement.
Une fatigue informationnelle persistante
Malgré ce recul de l’intérêt, la fatigue face à l’information reste élevée : 47 % des Français disent ressentir souvent de la lassitude ou du rejet face à l’actualité (-4 points). Les causes sont multiples : impression de répétition, flot d’informations jugé excessif et parfois éloigné des préoccupations quotidiennes.
Quelques chiffres illustrent ce malaise de Français « perdus dans l'information » :
Le paradoxe de la confiance
La défiance envers les médias « en général » reste majoritaire : 61 % des Français s’en méfient, un chiffre qui grimpe à 66 % chez les sympathisants RN et 65 % chez ceux sans préférence partisane.
Pourtant, la confiance envers les médias pris isolément demeure solide. Par exemple :
En outre, chez ceux qui utilisent régulièrement ces médias pour s’informer, ces taux de confiance atteignent 70 à 77 %.
Enfin, 2 Français sur 3 estiment que les médias répondent à leurs attentes essentielles : en particulier savoir ce qui se passe près de chez eux (68 %) et mieux comprendre le monde (66 %).
On observe donc un certain décalage entre une défiance majoritaire à l'égard « des médias », considérés comme institution, et une confiance qui résiste quand on interroge les Français sur « leurs » médias .
Trois leviers pour renouer la confiance
L’analyse des résultats et des mesures testées dans ce baromètre mettent en évidence trois attentes fortes de la part des Français qui constituent autant de leviers de confiance :
1. Le contrat de vérité : les faits vs. les opinions
Invités à se prononcer sur les critères d’un média digne de confiance, les Français citent en premier lieu le fait qu’il donne la priorité aux faits plutôt qu’aux opinions (57%) devant le fait qu’il reconnaisse ses erreurs et les corrige (47%) ou encore prenne des risques pour révéler des informations.
2. L’indépendance et la neutralité
L’indépendance et la neutralité constituent également des attentes fortes. Pour 77 % des Français des garanties d’indépendance des journalistes vis-à-vis des propriétaires des médias renforceraient leur confiance. 75 % souhaitent également une transparence sur le financement. Cette dimension apparaît particulièrement importante dans la mesure où 67 % des Français jugent problématique la concentration des médias par quelques grands groupes.
3. La proximité
Autre levier de confiance, la proximité : 77 % des Français souhaiteraient que les journalistes s’intéressent davantage à la vie des Français et 74 % attendent des sujets en lien avec leurs préoccupations quotidiennes. A cet égard, si les journalistes bénéficient plutôt d’une image positive dans la population (56% vs. 34% de mauvaises opinions), 54 % des Français estiment qu’ils sont éloignés des préoccupation des Français. D’ailleurs, 66% des Français disent n'avoir jamais échangé avec un ou une journaliste au cours de leur vie.
Un accueil a priori positif de l'idée de labellisation des médias sur Internet
Dans ce contexte, l’idée d’une labellisation des médias sur Internet afin de lutter contre la désinformation suscite un accueil a priori positif chez les Français : 62 % d’entre eux y voient une bonne chose contre 16 % une mauvaise. Toutefois les opinions ne sont pas encore tout à fait cristallisées : 48 % des Français sont ainsi sensibles à l’argument selon lequel une telle labellisation pourrait entraîner une forme de contrôle ou de censure indirecte des contenus.
Malgré une défiance persistante envers les médias en tant qu’institution, les Français continuent de reconnaître leur rôle central dans la démocratie : 65 % les considèrent comme un contre-pouvoir essentiel, au moment où 76 % s’inquiètent de la désinformation venue de l’étranger. Les conditions principales de la confiance peuvent se résumer ainsi : information fiable, indépendance et proximité. Autant d’attentes qui invitent à repenser le lien entre médias et citoyens.
Enquête réalisée du 24 au 30 novembre 2025, auprès d’un échantillon national de 1500 personnes représentatif de l'ensemble de la population âgée de 18 ans et plus, interrogées en ligne. Méthode des quotas (sexe, âge, profession de la personne de référence) et stratification par région et catégorie d’agglomération.